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10/11/2005

Dimanche 6 novembre 2005 : Fête de SAMONIOS

  RANDONNEE du PAYS BRIARD

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Nous étions une trentaine de braves en dépit des prévisions météorologiques à nous retrouver en ce dimanche d’automne aux confins du Pays Briard, devant l’abbaye Notre-Dame-de-Jouarre.

La journée débuta par la visite des cryptes, ce sanctuaire mérovingien, que nous ont laissé ses fondateurs germaniques, à partir de 630.

Notre attention fut attirée en particulier par les bas-reliefs des sarcophages de Ste. Techilde et St. Agilbert ornés de roues solaires ou croix dextrogyres ainsi que le Tétramorphe, qui n’ayant pas subi la moindre altération, se trouvent dans un état de conservation exceptionnelle.

L’ensemble témoigne de la richesse de la sculpture du VIIème siècle et les motifs d’ornement de l’inspiration païenne des artisans du Haut Moyen-Age.

A ce titre le sanctuaire de Jouarre constitue un trésor du patrimoine mérovingien parmi les plus somptueux d’Europe.

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Issue de la symbolique païenne, cette image de la divinité comme sphère est divisée en quartiers, en quatre parties.

C’est l’omphalos au point d’intersection des deux branches.

Le symbole est une image porteuse de sens (Sinnbild en allemand). Il porte au travers des siècles un témoignage. Il permet de transmettre les archétypes d’une communauté populaire.

Les symboles constituent autant de documents sur l’histoire spirituelle d’un peuple.

Très nombreux sont les symboles dont le christianisme fit usage et dont l’origine est en réalité païenne.

L’étude de l’art roman offre à ce titre un intérêt tout particulier.

Les églises de cette période, si elles correspondent à l’héritage artistique du monde romain finissant, portent en effet, une forte empreinte du monde germanique :

Typiquement nordiques dans l’architecture romane sont la répartition des plans d’ombre et de lumière, la reprise d’images et de symboles populaires utilisés dès la plus haute antiquité chez les Germains et surtout l’art de travailler la pierre selon les techniques du bois (″ le travail païen″ _ heidnischwerk en allemand).

Le christianisme européen n’a pas manqué de reprendre à son compte le symbolisme solaire des Indo-européens.

L’usage du svatiska dans l’art de l’église ne fut pas rare jusqu’au début du Moyen-Age.

En Scandinavie, ce symbole a fréquemment été intégré au centre de la croix chrétienne, cette dernière étant elle-même transformée en force solaire.

Faut-il voir un lien entre le Christ tétramorphe et le symbolisme de la roue solaire ?

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C’est sous  un soleil d’automne radieux que la randonnée du Pays Briard s’est déroulée sur une vingtaine de kilomètres de Jouarre à la Trétoire  sur des sentiers qui tantôt surplombent les villages briards ( St. Ouen , St. Cyr-sur-Morin), tantôt longent le Petit Morin ; Cette rivière conserve sur son cours des moulins dont certains ont repris du service grâce à l’initiative d’entreprises artisanales. 

                          Départ de la randonnée à Jouarre.

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Repas tiré du havresac, ici il n’y a pas de cantine.
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Les coteaux de St.Cyr-sur-Morin.
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Le moulin d’Orly-sur-Morin.
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Une contrée européenne qu’il nous appartient de protéger.
 

En fin de journée nous nous rassemblons autour d’un bûcher pour célébrer notre grande fête celtique, Samonios, selon la tradition, c'est-à-dire en élevant un bûcher dans la forêt, au crépuscule.

A cette occasion le Prévôt nous a lu le texte suivant :

« Le monde celte formait un bloc culturel cimenté par une langue et une religion commune.

La société celtique était animée - c'est-à-dire étymologiquement, recevait son âme – par une institution centrale que l’on appelle le druidisme.

Le druide représentait auprès du roi l’union du profane et du sacré, à la fois professeur, médecin juge et directeur de conscience dams le sens de transmetteur d’une tradition, c'est-à-dire d’une conception du monde.

Dans la tradition gaélique les célèbres Tuatha de Danaan passent pour être les introducteurs du druidisme en Irlande et les représentants d’un monde divin désigné significativement comme les « Iles du Nord du Monde ».

Les druides enseignent à ceux qui en sont dignes et dispensent leur enseignement dans les lieux retirés, en particulier dans les forêts.

Plus tard, dans la littérature médiévale, le personnage de Merlin représentera la perpétuation de l’archétype druidique, avec son symbolisme tout à la fois solaire et nordique.

La plus grande fête des Celtes était celle de Samonios, dans la nuit du 1er Novembre. C’est la nuit où il n’y a pas plus de frontière entre le monde des vivants et le monde surnaturel, où les esprits errent sur la terre, où les hommes peuvent pénétrer au royaume des ombres.

La fête a continué d’être célébrée après l’évangélisation et finalement le clergé l’a adopté vers l’an 800 en la baptisant « Fête de Tous les Saints », qui conserve l’idée originelle de communication entre les deux mondes.

La croyance en l’immortalité de l’âme était la croyance fondamentale des anciens Celtes, comme l’atteste les historiens de l’antiquité.

Nos ancêtres se représentaient l’autre monde comme un pays merveilleux situé très loin au-delà de nos horizons familiers, au-delà de l’océan dans des îles où n’existent ni la souffrance ni le mal, le Tir nan Og, « terre de l’éternelle jeunesse ». chez les Celtes insulaires, l’île d’Avalon, pour les bretons

Les messagères de l’au-delà qui viennent quérir les humains pour leur dernier voyage apparaissent souvent dans les contes bretons comme dans les légendes gaéliques, sous forme de cygnes.

Le voyage de l’âme est présenté tantôt comme une navigation en barque sur l’océan, tantôt comme une chevauchée.

Dans la tradition celtique, lorsqu’on évoque les âmes on ne fait pas de séparation entre les hommes, les bêtes et les plantes. La mythologie abonde en récits de métamorphose où un personnage passe d’une forme humaine à une forme animale ou végétale.

Les Druides ne dissociaient pas les sciences de la nature, de la connaissance transcendantale.

Ils possédaient les pouvoirs mystérieux que seuls procurent une appréhension spirituelle de la réalité et le sens de l’unicité de la création.

Sous le vernis de la latinité, le substrat celtique a résisté aux siècles. La mythologie de nos ancêtres a survécu et a continué à inspirer les croyances relatives à la mort, les contes et légendes populaires, les fêtes paysannes, le rituel des noces, le culte des pierres, des arbres, du feu, des eaux, la célébration des saisons.

Le clergé a eu beau abattre les menhirs et les arbres sacrés, transformer les dieux en saints du paradis, interdire les rites autour des dolmens, il ne pu empêcher le peuple de nos campagnes, jusqu’à une période récente, d’y rester profondément attaché.

Je ne peux terminer sans citer une triade - brève formule en trois points –dont les druides usaient dans leur enseignement pour résumer les fondements de leur morale :

« Honore les dieux, ne fait pas de mal à autrui, sois courageux. »

La prière que nous formons réunis ce soir, pour les hommes et femmes de notre clan, c’est de retrouver la voie sacrée des druides. Elle existe au cœur de chacun de nous.

C’est du silence, seul, que montera la voix de notre conscience ancestrale»

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